À intervalles réguliers, l'Amérique Latine semble condamnée à retrouver ses propres fantômes. La région qui, il y a à peine quinze ans, se laissait emporter par l'euphorie de la gauche continentale assiste aujourd'hui à un retournement de situation, et ce, avec une rapidité qui déconcerte même ses observateurs les plus aguerris. Sept élections, une même direction, un même écho venu du nord. Il convient, cependant, de résister à la tentation de lire ce virage comme un simple contagion importé.
Marcano Sin Tapujos propose une lecture plus exigeante. Ce qui traverse le continent n'est pas uniquement l'ombre d'une figure étrangère, mais le réveil d'un vieux désir latino-américain : celui de la main ferme, celui du sauveur personnaliste, celui de l'ordre promis à tout prix. La nouveauté ne réside pas dans l'aspiration, aussi ancienne que nos républiques, mais dans la légitimité qui aujourd'hui la soutient depuis la première puissance du monde.
Cette livraison examine cette confluence entre l'héritage et l'imprévu, entre la blessure de l'insécurité et la séduction de l'autoritarisme bienveillant. Elle le fait sans stridences, attentive aux intérêts économiques, militaires et géopolitiques qui se déplacent sous la surface. Car le véritable enjeu n'est pas qui gouverne, mais ce qui demeure lorsque l'enthousiasme s'éteint.
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