Il existe une forme de censure qui n'a pas besoin de censeurs. Elle opère par saturation plutôt que par interdiction, et par incitation plutôt que par menace. La Rapporteur Spécial pour la Liberté d'Expression de la Commission Interaméricaine la qualifie de censure indirecte, et cela fait deux décennies qu'elle la documente en Amérique Latine sous une modalité récurrente : la publicité officielle administrée comme instrument de discipline éditoriale.
Cette édition inscrit la République Dominicaine dans ce schéma régional, bien qu'avec une particularité qui mérite attention. Le Parti Révolutionnaire Moderne a construit une grande partie de son discours d'opposition sur la dénonciation des dépenses publicitaires de l'État. En janvier 2024, le président lui-même a signé le Décret 1-24, qui proscrit la publicité officielle à des fins politiques ou électorales. La même année, Participación Ciudadana —chapitre dominicain de Transparency International— a documenté une augmentation de plus de cinq cents pour cent durant le premier quadrimestre.
L'analyse part de cette distance entre la norme et son exécution, et l'examine aux côtés d'un phénomène parallèle qui est rarement connecté avec elle : la prudence croissante du journalisme dominicain face au pouvoir. La thèse du programme est que ces deux faits ne sont pas coïncidents, mais solidaires. Qu'ils appartiennent au même mécanisme.
On travaille avec l'exécution budgétaire du Ministère des Finances et de la Digepres. Chiffres publics, vérifiables et parfaitement inconfortables.
